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​Yannick Bestaven - Vainqueur du Vendée Globe !!

Il aura fallu moins de temps à Yannick pour faire le tour du monde que pour élever un poulet fermier d'Auvergne :-) Toute la filière est fière de l'exploit de son skippeur et tient à le remercier chaleureusement!

Ce jeudi 28 janvier à 4 heures 19 minutes  et 46 secondes (heure française), Yannick Bestaven a franchi la ligne d’arrivée des Sables d’Olonne après 80 jours, 03 heures, 44 minutes et 46 secondes de course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance , temps officiel calculé après ses 10h15 de bonification accordées par le jury international du Vendée Globe pour son implication dans le sauvetage de Kevin Escoffier. Le skipper de Maître CoQ IV a été un des deux hommes le plus longtemps aux commandes de la flotte : 26 jours,  soit 32 % du temps de cette fantastique giration autour de la planète. Une magnifique performance pour cet outsider de grand talent qui revenait sur l’épreuve 12 ans après sa première tentative !

Pluie, houle de 2 mètres et 20 nœuds de vent d’Ouest… c’est dans ces conditions un peu sportives que Yannick Bestaven a franchi en vainqueur la ligne d’arrivée au petit matin avant d’être bruyamment et chaleureusement acclamé dans le chenal des Sables d’Olonne. L’homme était très attendu. Car de son temps de course dépendait l’issue de ce Vendée Globe !

Ma principale qualité ? « Têtu ». Mon principal défaut « « têtu ». « J’ai aussi de grandes capacités de résilience » avouait Yannick Bestaven il y a deux mois et demi avant de quitter le ponton des Sables d’Olonne. Ces deux vertus, une équipe très solide à ses côtés et, pour la première fois, un recours à la préparation mentale - vont l’emmener au firmament du Vendée Globe. Pied de nez au passé si l’on remonte à 2008, lorsqu’il abandonne la course suite à son démâtage dans le golfe de Gascogne quelques heures après le coup d’envoi…

Ingénieur de formation – il est l’inventeur des hydrogénérateurs qui équipent les IMOCA de ce Vendée Globe- vainqueur de la Mini Transat 2001 sur un bateau construit de ses mains, double vainqueur de la Transat Jacques Vabre en Class40, Yannick rêvait d’un top 5. Après Charlie Dalin, il est celui qui a passé le plus de temps en tête de ce 9e Vendée Globe, à bord d’un bateau de génération 2016 équipé de petits foils et fiabilisé au maximum.

La course de Yannick

Le début de course de l’Arcachonnais est marqué par une « option de préservation », dans le Sud, pour échapper au premier gros front de ce tour du monde. Pendant sa descente de l’Atlantique Nord,  il navigue dans le top 10/12, au sein du peloton compact lancé aux trousses du leader du moment, HUGO BOSS. Ses pions décisifs, il va les placer en Atlantique Sud, grâce à sa tactique pour contourner les petites excroissances de l’anticyclone de Sainte Hélène. Deux empannages parfaitement placés et le voici dans le quintet de tête, derrière Dalin, Ruyant, Escoffier et Le Cam.

Le 30 novembre, dans le Sud-Ouest de l’Afrique du Sud, sa course prend une autre tournure. En fin d’après-midi, il est appelé par la Direction de Course du Vendée Globe pour aller porter secours de Kevin Escoffier, en renfort de Jean Le Cam, déjà sur zone. Positionné plus au Sud, Yannick fait demi-tour et passera une  bonne partie de la nuit à quadriller la zone, jusqu’à ce que Le Cam récupère le naufragé à son bord. Lorsqu’il reprend sa course, Maître CoQ IV est à plus de 400 milles du leader Apivia. Et il lui faudra du temps pour se remettre de ses émotions. Les mers du Sud, Yannick ne les connait pas. On se souvient du marin barbu, la tignasse hirsute,  décrivant des conditions de mer invivables l’obligeant à vivre à quatre pattes comme « un sanglier ». Pourtant, c’est dans cet univers hostile qu’il va trouver son tempo. Son bateau (plan VPLP- Verdier) est simple, fiable bien préparé, il a terminé toutes les courses auxquelles il a participé ces deux dernières saisons. Alors Yannick peut tirer dessus.  Sa capacité à naviguer à des vitesses moyennes élevées lui permet de revenir peu à peu dans le match. Au Nord des Kerguelen, il est 3e, tout comme au passage du cap Leeuwin. Devant lui, Ruyant et Dalin, handicapés par leur foil bâbord, se font rattraper puis déborder.
Le 16 décembre, dans le Sud-Ouest de la Tasmanie, Bestaven prend les commandes. Le 28, il fête ses 48 ans dans le sud du point Némo. Il va ouvrir la voie pendant 26 jours – il franchit le cap Horn en tête-, une position d’éclaireur qui lui sera funeste dans la remontée de l’Atlantique Sud. Premier à être ralenti dans le chapelet de bulles anticycloniques qui s’étendent au large de l’Argentine, il subit impuissant le retour du groupe de chasse. On apprend par la suite qu’il a subi des avaries peu après le passage du cap Horn : balcon avant arraché, plus d’enrouleur, quelques voiles d’avant inutilisables. Il se fait doubler le 12 janvier au large du Brésil. Mais en bon sanglier, l’Arcachonnais s’accroche. Bonifié de 10 heures et 15 minutes par le jury international du Vendée Globe, il ne veut pas laisser passer sa chance. Il tente un dernier coup à 1300 milles de l’arrivée en passant dans le Nord de l’archipel des Açores pour aller chercher du vent plus fort. Et c’est un coup gagnant. En abordant les derniers milles vers l’arrivée par le septentrion, il revient progressivement sur l’homme de tête Charlie Dalin. Suffisamment pour prendre l’avantage au classement final.

LES STATS DE YANNICK BESTAVEN / MAITRE COQ IV

Il aura parcouru les 24 365 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 12,6 nœuds . 

Distance réelle parcourue sur l’eau : 28 583,80 à la vitesse moyenne réelle de 14,78 nœuds.

Les grands passages

Equateur (aller)
9e position le 19/11/2020 08h21 UTC en 10j 19h 01min, 19h 02min derrière le leader HUGO BOSS                   

Cap de Bonne Espérance
8e position le 02/12/2020 08h44 UTC en 23j 19h 24min, 1j 09h 33min derrière le leader Apivia

Cap Leeuwin
3e position, le 13/12/2020 14h46 UTC en 35j 01h 26min, 03h 20min derrière le  leader Apivia

Cap Horn
1er le 02/01/2021 13h42 UTC en 55j 00h 22min          

Equateur (retour)
5e position le 17/01/2021 02h36 UTC en 69j 13h 16min, 07h 24min derrière le leader Bureau Vallée

Nombre de classements en tête (référence pointages Vendée Globe)
157

Sa meilleure distance sur 24 heures
Le 31 décembre 14h30 UTC, 482.32 milles à 20.1 nœuds de moyenne

Son bateau
Maître CoQ IV (petits foils), plan VPVL –Verdier  construit chez CDK (ex Safran 2 ex Des Voiles et Vous, préparé chez Kairos). Mise à l’eau : mars 2015

 

 Source Actualités - Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) vainqueur du Vendée Globe - Vendée Globe (vendeeglobe.org)

Retrouvez l’arrivée de Yannick vainqueur du Vendée Globe 2020-2021 après un extraordinaire tour du monde à la voile, en solitaire et sans assistance: Yannick Bestaven Officiel - Accueil | Facebook

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Historique des Communiqués:

La semaine dernière aura été compliquée pour Yannick Bestaven qui, comme il le craignait, a été nettement ralenti au large du Brésil, ce qui lui a fait perdre son avance sur ses poursuivants et sa première place. Forcément déçu de ce scénario météo défavorable, le skipper de Maître CoQ sait cependant que rien n’est joué, avec encore pas mal de coups à tenter lors des 4000 derniers milles le séparant des Sables d’Olonne. 

Il y a une semaine, alors qu’il en terminait avec le contournement d’un premier anticyclone au large des côtes sud-américaines, Yannick Bestaven ne cachait pas son appréhension face au scénario météo à venir, évoquant « une sacrée barrière devant ». Les faits lui ont malheureusement donné raison, puisque le skipper de Maître CoQ, en tête du Vendée Globe depuis plus de trois semaines, a été le premier à buter dans une vaste zone de hautes pressions qui l’a complètement ralenti et a permis à ses poursuivants de revenir sur lui et de le dépasser. Ouvrir la voie est formidable, mais expose aussi le leader ; les poursuivants, observateurs, ont vite fait de se recaler à temps pour s’écarter des zones sans vent !

« Je suis arrivé dans le mauvais timing dans la pétole, ce qui ne m’a jamais permis de me décaler à l’Est pour me recaler devant les autres », constatait Yannick ce jeudi matin, le moral forcément un peu touché. Ce qui ne l’empêchait pas de tout donner pour faire en sorte que cette situation dure le moins longtemps possible : « Là, je progresse au près dans un alizé faiblard perturbé par de très gros grains, je suis sans cesse aux manœuvres pour essayer de perdre le moins de terrain possible par rapport aux bateaux qui sont à mon vent. Il me tarde de sortir de cette mauvaise posture qui dure depuis plusieurs jours, ça devrait durer encore un peu moins de 48 heures jusqu’à Recife (au nord-est du Brésil). »

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Maître CoQ IV navigue dans un flux de Nord-Est, au près, à 12 nœuds. L’élastique se tend, se détend au fil des classements. Face à ce constat, le skipper Maître CoQ reste mobilisé et ne s’épargne pas. Il règle son bateau au moindre changement de souffle. « Le but pour l’instant est de ne pas perdre de terrain à défaut d’en gagner », indiquait-il dans un bref appel à son équipe en début d‘après-midi, « ça me désole un peu, mais je ne vais pas baisser les bras. »

Le groupe de tête fait route au Nord, vers Recife, avec un vent de 12 à 15 nœuds d’Est-Nord-Est et des grains qui peuvent les ralentir. « Il y a une heure environ, un grain est venu cassé mon vent, » témoignait Yannick contraint à la manœuvre encore et encore…

La corne du Brésil est à 700 milles, et les contrariétés sont nombreuses à son abord : vent faible la nuit et le matin, des grains et le courant …

Yannick est positionné le plus à l’Ouest, près des côtes du Brésil qu’il va ne pas falloir trop frôler afin de ne pas subir leurs pièges. Cette position le contraint à naviguer serré au vent alors que ces camarades plus à l’Est ont davantage de latitude pour exploiter les angles de vent qui se présentent à eux… Par ailleurs, le vent devant tourner à l’Est, ils pourraient bénéficier de cet avantage…

https://fr-fr.facebook.com/yannick.bestaven.officiel 

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Bloqué par une barre anticyclonique qu'il s'est acharné à combattre avec pas moins d'une quinzaine de virements de bord en 36h, Yannick a vu son avance fondre et ses concurrents revenir... Coup de barre!

Il reste encore plus de 4600 milles jusqu'à l'arrivée et de nombreuses transitions. La course n'est pas finie et la hargne du compétiteur est bien chevillée au corps de Yannick qui conclut sa vidéo ainsi: "c'est devant que ça se passe!"

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Cinq jours après avoir franchi le Cap Horn et au bout de deux mois de mer, Yannick Bestaven est toujours le solide leader du Vendée Globe. Son avance sur ses poursuivants s’est même accrue ces dernières heures grâce à une bonne gestion d’un anticyclone qui se dressait sur sa route. Une satisfaction pour le skipper de Maître CoQ qui s’attend cependant à être ralenti dans les jours qui viennent le long du Brésil.

Peux-tu nous décrire les conditions dans lesquelles tu navigues ce jeudi matin ?
Le temps est couvert, c’est un peu gris, je suis à nouveau dans une petite dépression que je traverse à 90 degrés du vent, donc ça va assez vite. Il y a un peu de mer, mais ça va, ce sont des conditions plutôt propices pour faire de la vitesse, j’essaie de « tartiner » avant de probablement m’arrêter dans les prochains jours.

Revenons sur ton premier passage de Cap Horn samedi dernier, vu le cri que tu as poussé, on a eu l’impression que c’était vraiment le cap de la délivrance ?
Oui, c’était une délivrance énorme, mais ce n’est pas au Cap Horn que ça l’était vraiment, c’était plus après, une fois que les conditions se sont un peu calmées, parce que c’est sans doute le plus gros coup de vent que j’aie essuyé en bateau de ma vie. Je n’avais jamais eu autant de vent et des vagues aussi grosses, j’ai dû avoir des rafales régulières à 60 nœuds, voire un peu plus, et 8-10 mètres de vagues qui déferlaient. C’était assez dantesque. J’avais pris le parti de ne pas trop réduire car sinon, le pilote n’arrivait pas à barrer, je suis resté à trois ris dans la grand-voile et J3 (petite voile d’avant) pour garder de la vitesse. Le problème, c’était qu’en haut des vagues tu étais à 10 nœuds et que dans les surfs, tu partais à 33 nœuds avec des beaux plantés à l’arrivée, mais au moins, j’allais à peu près droit… C’était impressionnant et beau à la fois, et même si je n’ai pas vu le Cap Horn, j’étais content de le passer parce que je savais que dans quelques heures, ça allait se terminer et que j’allais retrouver des conditions normales. Et c’était quand même un rêve de marin pour moi de franchir ce fameux Cap Horn, même s’il y a forcément un peu de déception de ne pas l’avoir vu, mais je sais que je l’ai passé, c’est marqué dans les livres maintenant !
Yannick Bestaven, skipper Maître CoQ IV

La transition a-t-elle été rapide derrière ?
La dépression m’a accompagnée encore 4-5 heures après la longitude du Cap Horn, je voulais plutôt aller le long de la ZEA (zone d’exclusion Atlantique) car j’avais en tête de rester assez Est en vue de l’anticyclone que j’ai passé hier. Le vent a alors tourné à l’Ouest, ce qui m’a fait faire une trajectoire un peu plus Nord que prévu, je me suis retrouvé dans le dévent du Cap Horn, qui porte très loin, jusqu’à 200-300 milles. La première nuit dans ce dévent, je t’avoue que je n’ai pas cherché à empanner, car j’étais comme un boxeur un peu sonné, j’avais été bien rincé par cette dépression, il faut un peu de temps pour reprendre ses esprits, tu ne passes pas tout d’un coup de trois ris-J3 à grand-voile haute et gennaker. Finalement, en fin de nuit, je me suis dit que si je voulais aller à l’Est, il fallait que je sorte de là, donc j’ai empanné, mais je suis resté sous voilure réduite, car j’avais pas mal de choses à réviser à bord avant de relancer de la toile devant. J’ai donc perdu un peu de temps, mais ça m’a permis de checker le bateau, de remettre tout en ordre, et je pense que j’ai perdu un peu moins de temps que Charlie (Dalin, Apivia) qui avait lui aussi des réparations à faire. Depuis, j’ai repris cette stratégie que je m’étais fixée de rester bien à l’Est.

Cette stratégie s’est–elle déroulée comme tu le pensais ?
Oui, l’objectif était d’arriver dans le bon timing pour négocier du mieux possible l’anticyclone qui se présentait sur la route. Je ne voulais pas me faire bloquer, donc il fallait remettre du charbon, je n’ai pas cherché à lofer, j’étais vraiment concentré sur la vitesse, et finalement, j’ai réussi à bien contourner cet anticyclone et à reprendre de l’avance sur mes poursuivants, donc c’est plutôt pas mal. Maintenant, je sais que je vais en reperdre un peu dans les prochains jours, avec des petites zones dépressionnaires devant moi qui vont casser le vent. Il y a une sacrée barrière devant, sans trop de vent, et là, ce n’est pas une histoire de la contourner ou quoi que ce soit, il faut la traverser, en espérant que ce ne soit pas zéro nœud. S’il y a un peu d’air pour avancer, je m’en sortirai, s’il n’y en a pas du tout, ce sera un nouveau passage à niveau et j’attendrai les autres.

Quand est prévue la traversée de cette zone sans vent ?
Pendant le week-end, ça va être assez mou.  On a quand même eu une météo particulière depuis le début de ce Vendée Globe, tout est fait pour qu’on avance lentement ! Ce n’est quasiment jamais de la route toute droite, on fait beaucoup de route et souvent à petite vitesse.

Il va donc falloir être bien éveillé pour ces nouveaux jours cruciaux, te sens-tu en forme ?
Oui, dès que ça va vite comme la nuit qui vient de passer, j’essaie de bien me reposer, de me faire de bons quarts de sommeil, parce que dans l’anticyclone, comme celui qu’on vient de traverser, il y a du travail. J’ai fait pas mal d’empannages sous spi, et un empannage sur un IMOCA, c’est synonyme de pas mal de gouttes de sueur versées ! Donc oui, il va falloir être dessus pour exploiter le moindre souffle de vent.

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Skipper sur notre Maître Coq IV, Yannick Bestaven Officiel est en tête du Vendée Globe depuis vingt jours ! Son avance sur Charlie Dalin est relative, mais il dispose d’un bonus de dix heures sur la ligne d’arrivée.

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Alors qu’il vient tout juste d’entrer dans l’océan Pacifique, Yannick Bestaven occupe la première place de la neuvième édition du Vendée Globe. Une performance remarquable pour le skipper de Maître CoQ qui a appris mercredi que le jury international de la course lui avait attribué 10 heures et 15 minutes de bonification pour sa participation au sauvetage de Kevin Escoffier. Joint ce jeudi matin, le Rochelais s’est confié.

Tu es premier au moment d’entrer dans le Pacifique, comment vis-tu ce qui t’arrive ?
C’est un beau conte de fées, une belle histoire. C’est sûr que je n’en reviens pas moi-même. Je suis super content de cette position, c’est au-delà des espoirs que j’avais fondés en partant des Sables d’Olonne. Je voulais faire les mers du Sud dans le Top 5, je me retrouve en tête. Après, ça ne veut pas dire grand-chose car la route est longue, mais c’est mieux d’être là que derrière. Je sais aussi que derrière moi, il y a deux bateaux rapides qui ont été un peu amoindris ces dernières heures (LinkedOut de Thomas Ruyant et Apivia de Charlie Dalin), il y a des chances que l'on se revoie.

Peux-tu nous raconter comment tu t’y es pris dans la seconde partie de l’océan Indien pour revenir au contact ? 
La mer a été mieux rangée, ce qui m’a permis d’attaquer, me séparer du groupe avec lequel j’étais et rejoindre les deux bateaux de tête. J’ai pu cravacher car les conditions s’y prêtaient et mon bateau était en parfait état pour le faire. Cette deuxième partie a été un peu mieux, pas forcément plus agréable car aux vitesses élevées, le bateau n’est jamais très confortable, mais c’était bien.

Ça veut dire quoi cravacher à bord de Maître CoQ IV ? 
Comme j’avais un souci sur mon J2 (voile d’avant intermédiaire) qui m’a beaucoup manqué, j’avais le choix entre mettre une voile plus petite, mais je n’avançais pas, ou plus grande, un petit gennaker, c’est ce que j'ai fait. Par moments, c’était un peu limite, mais j’ai réussi à tenir avec et il m’a amené loin, puisque je suis parvenu à rattraper les premiers qui avaient aussi un peu moins de vent et des soucis techniques. Il y a eu plusieurs causes qui expliquent que j’ai pu revenir.

Tu as dû monter dans le mât pour réparer ce J2, il le fallait?
Oui, c’est une voile que l’on ne peut pas faire tomber sur le pont car ça risque d’abîmer le bateau, donc le seul moyen de le réparer était de grimper au mât pour aller coller un patch sur la chute, qui était découpée. Ça me prenait la tête, parce que ce n’est vraiment pas quelque chose que j’aime faire, mais je ne voulais pas laisser ce dossier en suspens. Donc mardi, quand il y a eu une météo un peu plus cool, je me suis dit que c’était le moment d’y aller, c’était sportif, mais c’était un grand plaisir d’avoir réussi à régler ce dossier. 

Le fait d’être passé de chasseur à chassé change-t-il quelque chose pour toi ?
Je ne me soucie pas de ça, ça ne va rien changer. Ça fait forcément plaisir d’être en tête, mais point à la ligne. Comme je te l’ai dit, le chemin est encore très long, donc je vais essayer de continuer à naviguer du mieux possible, comme je l’ai fait depuis le début, et on verra ce que ça donnera à la fin.

A la fin, il y aura 10 heures et 15 minutes qui seront retirées de ton temps de course, suite à l’annonce du jury mercredi, qu’est-ce que cela t’inspire ?
Ça me paraît logique. On avait perdu du temps sur cette opération de sauvetage, j’avais dû me dérouter en montant plein nord pour aider pour les secours, on avait passé la nuit à chercher Kevin, donc je trouve ça normal. Après, ces 10 heures et 15 minutes ne seront retirées de mon temps de course que si je passe la ligne d’arrivée, donc pour l’instant, je n’y pense pas, je ne me prends pas la tête avec ça. On ne fera des calculs que si je coupe la ligne aux Sables.

Tu sors d’une journée à plus de 19 nœuds de moyenne, quelles conditions as-tu ?
J’ai eu des bonnes conditions pour aller vite, mais très fraîches. Là, la température de l’eau est remontée un peu, à 6°C, mais hier, elle était à 3°C. C’était dur, il faisait gris, froid, j’avais les pieds dans des bottes gelées, mais c’est vrai que j’ai bien avancé. Là, le vent commence à mollir, ça devient un souci car j’ai l’impression que ça va tamponner, c’est pour ça que je pense que les bateaux de derrière vont revenir. Du coup, ce matin, j’ai manœuvré, j’ai envoyé des voiles plus grandes pour contenir les assauts de mes poursuivants, j’essaie de trouver la bonne voile pour continuer à avancer.

Comment vois-tu les prochains jours ?
Ça va être compliqué, car on a beaucoup de « molle » à venir pour le week-end. J’ose espérer que je ne vais pas me faire rattraper par le groupe que j’ai quitté la semaine dernière, celui de Jean (Le Cam, Yes We Cam !), Damien (Seguin, Groupe Apicil), Boris (Herrmann, Seaxplorer-Yacht Club de Monaco), Louis (Burton, Bureau Vallée) et Benjamin (Dutreux, Omia-Water Family). Ces conditions météo sont un peu bizarres, mais il faut s’adapter.

Tu as désormais dépassé la mi-course, comment te sens-tu physiquement et mentalement après presque 40 jours de mer ?
Physiquement, ça va, j’ai réussi à envoyer une grosse manœuvre ce matin. Maintenant, je rouille un peu du dos, c’est compliqué de ne pas bouger dans le bateau et l’humidité n’est pas agréable. Je t’avoue que je rêve de remonter dans des latitudes plus tempérées, mais ce n’est pas pour demain. Et moralement, ça va aussi, je déroule ma course. Je fais mon petit bout de chemin, les jours se suivent sans trop se ressembler.

As-tu déjà calculé le temps que tu vas passer dans le Pacifique jusqu’au Cap Horn ?
J’ai regardé, oui, ça fait peur, parce que je pense qu’on ne passera pas le Cap Horn avant le Réveillon, c’est encore loin ! Je crois qu’Armel (Le Cléac’h, vainqueur de l’édition 2016) l’avait franchi le 23 décembre…

Tu vas prochainement passer sous la Nouvelle-Zélande, ça te fait penser à quoi ?
La Coupe de l’America et les All Blacks ! 

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Après quelques jours pendant lesquels il a été particulièrement secoué dans l’océan Indien, Yannick Bestaven bénéficie aujourd'hui de conditions plus clémentes qui lui permettent de retrouver de la vitesse et le sourire. Le skipper de Maître CoQ, qui oscille entre la troisième et la quatrième place, raconte sa semaine et confie son bonheur d’être en mer dans des endroits qu’il découvre.

Tu as eu un début d’océan Indien particulièrement musclé, quelles sont désormais les conditions ?
On arrive au paradis ! Il fait grand ciel bleu, l’eau est belle, il y a une belle houle derrière moi qui booste le bateau, j’ai 25 nœuds de vent, parfois quelques pointes à 30 noeuds, mais rien de méchant par rapport à ce que l’on a connu. Je suis avec un ris dans la grand-voile et petit gennaker (ndlr : voile d'avant assez grande), tout va bien. Cette nuit, ça a encore été chaud-patate, j’ai eu des rafales à 50 nœuds, c’était le dernier coup de sonnante de l’océan Indien, on sort de l’enfer.

Raconte-nous ces quelques jours en enfer…
On a eu une succession de fronts forts sur la tête, l’entrée dans l’Indien nous avait en plus bien tous refroidis avec ce qui est arrivé à Kevin. Franchement, je n’avais jamais connu ça, j’ai été un peu surpris, comme un débutant. Dans l’Indien, tu as vraiment des mers croisées et difficiles, tu dois adapter la vitesse du bateau à l’état des lieux, tu ne peux pas aller trop vite. C’était dur, ça cognait beaucoup, c’était éprouvant pour le bateau, pour le physique et pour les nerfs.

S’inquiète-t-on pour soi-même dans ces conditions ?
Non, je ne peux pas dire que j’ai eu peur pour moi-même ; une fois que tu es dans l’action, tu ne penses pas à ça, tu es concentré sur ce que tu as à faire. C’est peut-être plus a posteriori qu’on peut avoir peur, mais je ne me suis jamais senti dépassé. C’était plus comme si quelqu’un me tapait dessus sans arrêt pour me faire craquer mentalement et physiquement, un peu comme dans les films où le mec subit un interrogatoire à coup d’annuaire de la part d’un moustachu ! Je me faisais projeter dans le bateau dans tous les sens, je tombais la tête en arrière, sur le dos, les pieds en l’air, j’ai fait des vols planés comme je n’en ai jamais connus. Donc ce n’était pas de la peur, plus du harcèlement psychologique. 

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Comment vois-tu les heures et les jours qui viennent ?
Je viens de faire tourner des routages, je suis parti sur un long bord tribord qui devrait m’emmener jusqu’en Australie – je pense que je serai très au sud du Cap Leeuwin le dimanche 13 décembre au soir - et ça, c’est du bonheur, parce que le matossage ce matin (transfert des poids d’un côté à l’autre du bateau pour réguler la gîte), c’était costaud. Il ne faut pas oublier qu’à chaque fois qu’on empanne, on a 500 kilos de matériel à déplacer dans le bateau, tout ça dans une mer hachée. Je l’ai fait au lever du jour ce matin, je me suis dit que c’était mon dernier matossage avant l'Australie, je suis content, parce que ça va me permettre de me ressourcer, d’autant qu’on va avoir une mer bien rangée. J’ai besoin de décontracter mes muscles, parce que j’ai des problèmes de dos, tout est un peu tendu, mais aussi de faire un peu de toilette, de prendre soin de moi, de m’aérer les neurones, tout en faisant marcher vite le bateau. Ce qui est cool, c’est que j’ai vraiment l’impression de voyager, je regarde dans le détail des îles qui sont sur notre route, je regardais notamment ce matin l’île Stewart où mon ami Yves Parlier avait réparé son mât (sur le Vendée Globe 2000-2001), j’essayais de trouver la baie où il s’était abrité, j’ai encore en tête les images de VSD où on le voyait ramer avec sa combinaison de survie pour aller chercher des algues à manger. C’est sympa, il y a plein d’îles australes que je découvre.

Tu oscilles entre la troisième et la quatrième place, on imagine que tu es satisfait de ce positionnement ?
Oui, parce que malgré quelques abandons de prétendants au podium, je me rends compte que je ne suis pas si loin de Charlie Dalin (Apivia) et Thomas Ruyant (LinkedOut), d’autant que je vais avoir une déduction de temps pour le sauvetage de Kevin. Je suis donc super satisfait de ma navigation et de l’état du bateau, j’ai encore les armes pour être à 100%.

Tu regardes plus devant ou derrière toi ?
Je regarde devant. Après, j’ai quand même mon petit groupe de quatre derrière, avec une super course des bateaux à dérives, ceux de Benjamin (Dutreux, OMIA – Water Family), Jean (Le Cam, Yes We Cam !) et Damien (Seguin, Groupe Apicil). Dans les conditions de mer formées, avoir des foils ou des dérives, ça ne changeait pas grand-chose, mais ils sont là, avec également Boris (Herrmann, Seaexplorer – Yacht Club de Monaco) et Louis (Burton, Bureau Vallée) un peu plus sud, sans oublier Isa (Joschke, MACSF) et Giancarlo (Pedote, Prysmian Group) qui ne sont pas très loin derrière. C’est motivant, il y a du match, de quoi s’amuser et de mettre du charbon pour ne pas se faire rattraper, il n’y aura pas de monotonie.

Communiques-tu beaucoup avec tes proches depuis le départ ?
Oui, j’ai régulièrement ma compagne, mes filles une fois par semaine au téléphone, l’équipe technique de temps en temps, beaucoup d’échanges par WhatsApp avec des potes qui m’envoient des messages de soutien, je ne me sens pas seul, c’est cool.

Tu as aussi beaucoup de soutien chez Maître CoQ, mesures-tu l’engouement que ton Vendée Globe suscite ?
On a pris l’habitude de faire une visio tous les mardis (voir ci-dessous), je vois bien l’engouement que crée la course auprès des salariés de l’entreprise, c’est top, parce que c’est aussi ça la réussite d’un projet. On ne fait pas ça que pour nous, je crois qu’ils sont fiers d’avoir le bateau Maître CoQ aux avant-postes et ça aussi, ça me booste.

Même si la première partie de l’Indien a été difficile, on te sent bien en mer...
Carrément ! Je n’ai plus la nostalgie du départ, plus l’inquiétude de la longueur et des mers du Sud. Je suis vraiment dans la course, je ne ressens ni monotonie ni lassitude, la durée ne me pèse pas, la solitude non plus. J’essaie d’en profiter, parce que je me dis que quelques semaines après l’arrivée, je regretterais peut-être ces moments-là.

Charlie Dalin disait ce matin, en sortant de la très grosse tempête qu’il a affrontée, qu’il avait l’impression d’avoir passé son diplôme des mers du Sud, est-ce aussi ton cas ?
Il y a encore le Pacifique et le Cap Horn à passer, donc ce n’est pas fini, mais ce qui est sûr, c’est que j’ai fait en solitaire sur ce bateau des choses que je n’avais jamais faites jusqu’ici, notamment essuyer des grains puissants dans de la mer très formée et avec trois ris dans la grand-voile, prendre des rafales à 70 nœuds, empanner dans du vent fort avec ces bateaux compliqués… Donc je ne sais pas si j’ai encore mon diplôme des mers du Sud, mais mon diplôme IMOCA, oui, je pense que je l’ai !

TOUS DERRIÈRE YANNICK ET MAÎTRE COQ IV
Directeur général de Maître CoQ, Christophe Guyony est évidemment satisfait de la performance de Yannick Bestaven, avec lequel il échange régulièrement : « Yannick fait une super course, le marin allie bien prudence quand c’est chaud et attaque quand il voit qu’il faut mettre les gaz ;  au bout d’un mois, à part un bout cassé (ndlr : cordage de retenue) sur un safran après le sauvetage de Kevin, il n’a quasiment rien eu sur le bateau, tout est fiable, c’est important d’être sûr de sa monture quand on affronte des vents de 45 nœuds, avec rafales à 70. » Au sein de l’entreprise vendéenne, on suit avec passion le parcours de Maître CoQ IV : « On a chaque mardi une visio-conférence avec Yannick et une trentaine de collaborateurs, tirés au sort, ça leur permet de le voir en direct et de lui poser des questions. » Certains font également leur tour du monde, puisque plus de 200 équipes participent au Vendée Globe interne sur Virtual Regatta : « On a organisé un challenge au Cap Horn qui récompensera celui qui aura été le plus rapide depuis le Cap de Bonne-Espérance, le vainqueur ira naviguer avec Yannick au printemps, il passera ainsi du virtuel au réel. »

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Après 25 jours, Yannick Bestaven, qui n’avait jusqu’ici jamais passé autant de temps en mer, file à vive allure au large de l’Afrique du Sud, toujours bien placé dans le peloton des poursuivants des trois hommes de tête du Vendée Globe (*).
Remis de ses émotions après le sauvetage de Kevin Escoffier, le skipper de Maître CoQ IV est entré dans le vif du sujet du Grand Sud. 

Raconte-nous ce début d’océan Indien, tu semblais radieux mercredi, comment cela se passe-t-il aujourd’hui ?
Ce n’est plus le même décor ! Je ne suis plus dans le monde surf et glisse que j’ai connu hier. Depuis la fin de l’après-midi, je suis dans une espèce de shaker avec une mer pas bien rangée du tout ; c’est parce que je suis en train de traverser les zones de courants au large du Cap des Aiguilles. J’ai regardé les cartes de courants et j’ai été impressionné de voir qu’il y avait jusqu’à 4 nœuds de courant dans le coin. Ça change beaucoup de choses dans l’état de la mer. Du coup, le bateau se dandine et saute partout, le corps est projeté d’avant en arrière, de droite à gauche, de haut en bas. Musculairement, pour tenir le coup, tu as intérêt à faire du gainage ! Mais à part ça, tout va bien. Je suis quand même arrivé à me reposer, parce que finalement, c’est dans la bannette, allongé, que je suis le mieux. Je suis aussi parvenu à me sécher le corps et les vêtements ; pour ça, je fais tourner un peu le moteur. Ce matin, j’ai hésité à renvoyer un ris ; mais vu la mer, je préfère attendre. C’est vraiment plus l’état de la mer que la force du vent qui commande. Les réglages ne sont pas les mêmes dans l’Indien qu’à La Rochelle !

Cet océan Indien que tu découvres est-il conforme à l’image que tu t’en faisais ?
Je ne sais pas si ce que je vis aujourd’hui est représentatif des mers du Sud. C’est une zone de courants assez particulière. On verra comment sera la suite. En revanche hier, c’était vraiment génial dans une belle houle, la mer montait derrière, Maître CoQ partait au surf, j’étais sous petit gennaker, je lofais un peu pour mettre un peu d’angle et ne pas enfourner en arrivant en bas des vagues ; le bateau était magique. J’espère que ça va revenir !

Es-tu remis de tes émotions du début de semaine avec le sauvetage de Kevin Escoffier ? Cela a-t-il été difficile de revenir dans la course ?
Oui, ça a été compliqué. On a quand même vécu une grosse frayeur, avoir un copain en mer sur son radeau, ce n’est pas anodin. Cette nuit passée à le chercher a été très difficile ; forcément, tu zappes la course dans un moment comme ça. Après, quand tu apprends qu’il est sur le bateau de Jean Le Cam (Yes We Cam), il faut reprendre la course. Personnellement juste au moment de repartir, j’ai eu un problème sur un safran ; je me suis dit que c’était la scoumoune. Mais petit à petit, après un temps d’adaptation, j’ai repris confiance dans le bateau et la journée d’hier est arrivée à point nommé, parce qu’elle m’a vraiment permis de reprendre du plaisir à naviguer en faisant de bonnes moyennes et de regarder à nouveau les positions des autres bateaux sur le plan d’eau pour refaire de la stratégie. Je pense que j’ai mis 24 heures à me remettre vraiment en mode course. 

A propos de stratégie, qu’est-ce qui t’attend dans les prochaines heures ?
Là, on va passer assez près de la zone d’exclusion des glaces. On a reçu hier une carte des icebergs, il y en a pas mal juste dans le sud de la limite. J’espère qu’il ne va pas y avoir de growlers (petits morceaux de glace qui se détachent des icebergs) sur la route, parce que je n’ai pas envie de vivre ce qu’ont vécu Seb Simon (Arkea-Paprec) et Sam Davies (Initiatives-Coeur) hier (collision avec des OFNI). Je viens de faire un routage. On va se retrouver à l’arrière de la dépression aujourd’hui, et derrière nous, il y a un anticyclone qui regonfle juste au-dessus de cette limite des glaces qu’on va continuer à longer.

Fait-il froid par 40° Sud ?
J’ai forcément remis quelques couches ; mais non, il ne fait pas si froid, l’eau est à 16°C, donc on est encore dans des températures acceptables. Le pire finalement, c’est l’humidité, parce que le bateau est en permanence sous l’eau. Je ferme tout à l’intérieur pour éviter que les embruns ne rentrent, mais cela reste très humide.

Vous êtes un groupe assez compact de sept bateaux en une centaine de milles, cela rend-il la course plus sympa à vivre ?
Oui, carrément, en plus, ça motive pour bien régler le bateau. Hier, j’avais plutôt envie d’aller plus vite que tout le monde. J’étais bien en phase avec lui pour le faire. Je pense que si les autres n’étaient pas là, je temporiserais un peu plus sur les manœuvres, par exemple. J’échange toujours pas mal avec Boris Herrmann (SeaExplorer – Yacht Club de Monaco), nous sommes ensemble depuis Sainte-Hélène. On continue nos contacts réguliers, on se parle des conditions qu’on a, des voiles qu’on utilise, de nos problèmes respectifs. C’est vraiment sympa de naviguer comme ça de concert ; même si on est concurrents, on s’échange pas mal d’infos.

Comment va Maître CoQ IV ?
Mon Maître CoQ va plutôt bien. Je n’ai pas de soucis, juste quelques détails à droite à gauche, des petites fuites, un peu d’usure sur certains bouts, mais ça se passe bien, je touche du bois, ou plutôt du carbone car il n’y en a pas !

Et toi ? On a vu sur tes vidéos que tu avais une petite plaie au nez ?
Je me sens en forme. Mais c’est clair que je prends au moins une gamelle par jour, donc des « pets », ça arrive sans arrêt. Je ne me souviens même pas comment je me suis fait celui-là. Ce qui est impressionnant sur ces foilers – Armel Le Cléac’h me l’avait dit pour l’avoir vécu sur Banque Populaire il y a quatre ans –, ce sont leurs réactions et les secousses. C’est hyper dangereux de se déplacer à l’intérieur. Tu prends en permanence des chocs, dus aux accélérations ou aux décélérations. Comme je te le disais au début de notre conversation, physiquement, c’est dur. Et même en te tenant, tu passes ton temps à tomber, à te rattraper de justesse, à manquer d’être projeté la tête la première dans la table à cartes ou le tableau électrique, c’est sport ! Mais ça va, on avance !

(*) Yannick va bénéficier d’une bonification en temps décidée par le jury international du Vendée Globe pour compenser les heures passées à la recherche de Kevin Escoffier

 
Les Sables d'Olonne - Equateur en 10 jours 19 heures et 1 minutes
C’est un Yannick Bestaven en pleine forme et satisfait d’avoir traversé le Pot-au-noir sans être vraiment freiné, que nous avons pu joindre jeudi matin, pile au moment où il franchissait l’équateur, à 9h21, après 10 jours 19 heures et 1 minute de mer. Neuvième à avoir passé l’équateur, et huitième au dernier classement du Vendée Globe, le skipper de Maître CoQ file désormais à vive allure vers les côtes brésiliennes, avec déjà une pensée pour les mers du Sud.

Yannick, comment vas-tu après quasiment 11 jours de course ?
Tu appelles au bon moment, on va passer l’équateur ensemble, je suis à 00°02 Nord ! Ça va bien à bord de Maître CoQ IV, je suis content de ce que j’ai fait ces dernières heures. Mon passage du Pot-a-noir s’est plutôt bien déroulé, je suis passé le plus à l’est de la flotte, je n’ai pas trop souffert du manque de vent, je me suis battu toute la journée d’hier avec les grains, mais ça payé, puisque j’ai réussi à raccrocher le wagon de Sam Davies (Initiatives Cœur) et Boris Herrmann (Seaexplorer-Yacht Club de Monaco). Donc c’est plutôt une bonne opération.

Quelles conditions rencontres-tu désormais ?
Là, je suis dans 20 nœuds de vent, à 100 degrés du vent (quasiment au travers donc, le vent venant de la gauche), j’avance à 19-20 nœuds, le bateau est penché et fait du saute-mouton, mais ça va vite, donc je ne vais pas me plaindre. Ça va durer quelques jours comme ça, on descend plein sud-ouest vers le Brésil.

Tu disais la semaine dernière que tu ne te focalisais pas trop sur les positions des autres, est-ce davantage le cas aujourd’hui ? Et es-tu à ce stade du Vendée Globe où tu aurais voulu être en t’élançant le 8 novembre ?
Oui, carrément, je suis content. Mon objectif était d’être dans les dix, je le suis, donc c’est une belle satisfaction. Et en termes de position géographique, mon petit décalage avec Sam et Boris, une centaine de milles dans leur est, me plaît aussi. Je commence désormais à regarder les routages à long terme pour l’entrée dans les mers du Sud, ça n’a pas l’air si simple que ça de trouver le trou de souris pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène, donc je commence à y passer du temps pour ne pas me tromper de route.

Comment va le bonhomme ? Les douleurs aux côtes et au genou se sont-elles estompées ?
C’est toujours d’actualité, mais ça va mieux, ça ne me fait plus souffrir en permanence comme la semaine dernière. Quand j’ai changé de voile d’avant, hier, j’ai quand même ressenti une douleur au genou, donc il faut que je fasse attention à mes mouvements, ça serait dommage que je me refasse mal. Et pour ce qui est des côtes, quand il y a des chocs dans le bateau, comme celui que tu viens d’entendre, je serre un peu les dents, car quand le bateau redescend, même si je suis calé dans mon siège, je sens mes côtes. Heureusement, il n’y en a pas trop.

Après une première semaine de course éprouvante pour tout le monde, as-tu l’impression d’être vraiment dans le rythme de ton Vendée Globe ?
Oui, je suis bien dans le rythme. Mais par exemple ce matin, je me suis réveillé, je ne savais pas où j’allais ! Je me suis posé la question du port duquel j’étais parti et vers quelle destination j’allais, ça m’a pris un peu de temps avant de réaliser que je faisais le tour du monde et que dans l’immédiat, je n’avais pas de destination précise, si ce n’est les Sables d’Olonne qui sont derrière moi ! Mais bon, au niveau sommeil, ça va de mieux en mieux, j’arrive à bien dormir, surtout la nuit, je me fais de bonnes tranches de sommeil d’une heure-une heure et demie à suivre, plusieurs par nuit, donc je ne me sens pas trop fatigué. Ce qui est surtout pesant en ce moment, c’est la chaleur et l’humidité ambiante, rien ne sèche, tout est est collant, il faut faire attention aux petites blessures ou irritations sur la peau, car elles ne cicatrisent pas bien. A l’heure où je te parle, le jour est en train de se lever, il fait 32 degrés dans le bateau. A cette vitesse, tous les embruns qu’on génère, c’est de l’humidité en permanence.

As-tu le temps de faire autre chose que de veiller à la bonne marche de ton bateau, manger et dormir ?
Non, je n’ai rien fait d’autre que du bateau. Je n’ai pas ouvert un livre sur ma tablette, j’ai juste essayé d’écrire quelques lignes pour essayer de résumer ce qui s’était passé et me faire des souvenirs de ce Vendée Globe, mais ça ne va pas plus loin, le bateau me prend tout mon temps.


L’émotion du départ digérée, Yannick Bestaven a dû rapidement se plonger dans le vif du sujet de son deuxième Vendée Globe, avec une situation météo compliquée en Atlantique Nord à gérer. Sorti sans encombre mercredi du premier gros front traversé par la flotte, Maître CoQ IV s’apprête à croiser la route de la dépression tropicale Thêta avant de toucher enfin les alizés, sans doute dimanche. Des conditions plus stables attendues avec impatience par le skipper rochelais, victime mercredi d’une chute douloureuse.

Les premiers jours du Vendée Globe sont toujours difficiles à vivre pour les marins, entre l’émotion du départ et de la séparation d’avec les proches, le temps nécessaire à s’amariner, surtout après deux semaines de confinement, et une météo jamais très amicale à cette époque de l’année. Pour cette neuvième édition, Yannick Bestaven et ses 32 concurrents auront été bien servis, car si le départ dimanche à 14h20, sous la protection de la Patrouille de France, aura offert un formidable spectacle, une fois la brume dissipée, ils ont dû vite rentrer dans le vif du sujet avec d’entrée des options stratégiques à prendre.

En particulier le choix entre une route à l’ouest pour aller chercher une bascule de vent au nord derrière le premier gros front du Vendée Globe, et une trajectoire plus sud, à l’intérieur du DST du Cap Finisterre (dispositif de séparation du trafic, interdit à la navigation), plus sage. C’est finalement pour cette dernière qu’a opté Yannick, comme  l’explique Jean-Marie Dauris,  directeur technique et sportif du Team Maître CoQ. « La route est longue, Yannick a clairement préféré jouer la sécurité et éviter d’aller au carton dans des conditions difficiles de mer. Au final, ça s’est avéré être une bonne route, parce qu’il y a peu d’écarts entre les bateauxqui se sont tous regroupés dans la même zone au final. »

Effectivement, après quatre jours de course, les quinze premiers bateaux se tiennent en une grosse cinquantaine de milles, au moment où ils contournent une dépression située à l’est des Açores, à la latitude de Lisbonne. Classé 11e jeudi matin, Maître CoQ IV est dans le bon paquet, sorti indemne du front assez violent (plus de 30 nœuds, rafales à 40) que la flotte a traversé entre mardi et mercredi. Ce qui est un peu moins le cas du skipper, qui a chuté assez violemment. « Je suis mal retombé, du coup, je me suis fait mal aux côtes et au genou gauche, ça me fait un peu souffrir sur chaque manœuvre », a expliqué Yannick jeudi matin.

Si le Rochelais est un dur au mal, il attend avec impatience des conditions un peu plus stables pour souffler un peu après des premiers jours toniques et actifs : « Ce n’est pas de tout repos, il y a beaucoup à faire depuis le départ. Là, après le passage de la dépression que je suis en train de contourner par le nord, il va falloir gérer la tempête tropicale Thêta, c’est clair que cette première semaine de course n’est pas très simple. Je suis pressé de sortir de cette situation et de trouver des conditions plus stables pour aller au Pot-au-noir, parce que ce n’est pas évident de se reposer, mais une fois qu’on aura passé Thêta, ça ira mieux, donc je m’accroche ! » 

Yannick Bestaven va devoir faire le dos rond encore quelques jours, les alizés tant espérés, positionnés très sud cette année, étant attendus dimanche, d’après Jean-Marie Dauris : « Yannick aura fini de contourner la petite dépression dans quelques heures, ensuite, il va descendre plein sud au portant dans un vent d’une vingtaine de nœuds qui va un peu mollir, ce qui va l’amener au niveau de la dépression Thêta à contourner par l’ouest. Ce n’est qu’après, à partir de dimanche, qu’il touchera un début d’alizé de 10-15 nœuds. » Il sera alors temps d’enlever quelques couches de vêtements, de mettre le pied sur la pédale d’accélérateur, de regarder passer les poissons volants et de se pencher sur le prochain obstacle météo, le Pot-au-noir qui, pour l’instant, ne semble pas très actif.


J-1 avant le départ de la neuvième édition du Vendée Globe, dimanche à 13h02. Confiné aux Sables d’Olonne depuis lundi (il l’était auparavant à La Rochelle), Yannick Bestaven est entré dans le vif du sujet de la stratégie météo, qu’il prépare quotidiennement avec un spécialiste reconnu, Christian Dumard.
Le skipper de Maître CoQ IV, qui confie alterner entre « anxiété et excitation » à quelques heures de s’élancer sur sa deuxième course autour du monde en solitaire (ndlr : précédente participation en 2008), évoque les conditions du départ.

Avec qui travailles-tu la météo avant le départ du Vendée Globe ?
Avec Christian Dumard, que j’ai rencontré il y a deux ans grâce à Bilou (Roland Jourdain, avec lequel il a couru la Transat Jacques Vabre l’an dernier). Nous avons collaboré une première fois sur la Bermudes 1000 Race (mai 2019), ça s’était super bien passé. J’apprécie son expérience, sa simplicité. En amont du Vendée Globe, nous avons beaucoup travaillé sur l’ensemble du parcours via un roadbook précis qui permet de décrypter chaque phase du tour du monde et depuis mardi, on parle de la stratégie des premiers jours, de la meilleure manière de « dégolfer »(sortir du Golfe de Gascogne), des moments auxquels il faudra que je fasse des changements de voiles. Ces différents routages vont aussi me permettre de confirmer le choix des voiles que j’embarque (huit au total), nous avons dû tous les déclarer aujourd’hui. J’ai aussi travaillé avec des jeunes ingénieurs de la société D-ICE Engeneering, ils ont mis en place un petit logiciel qui permet de faire des études de routes statistiques, ça apporte une autre façon d’appréhender le routage météo, un peu comme les « pilot charts » de l’époque (cartes marines proposant des routes en fonction des conditions météo moyennes).

A quoi vont ressembler les premières heures et premiers jours de course ?
On va partir plein gaz avec du vent de sud plutôt maniable, en bâbord amure à 90 degrés du vent, ce qui est plutôt cool. Le premier objectif sera de faire une route directe vers l’ouest pour aller chercher des fronts de dépressions situées au large. Pour la suite, c’est plus difficile de savoir ce qu’il va se passer, parce que tous les fichiers ne sont pas d’accord : est-ce qu’on continuera vers le large ou est-ce qu’on obliquera vers le sud pour longer l’Espagne et le Portugal ? Aujourd’hui, je ne peux pas le dire. Globalement, on va donc avoir un peu de tout, de la vitesse au début au reaching (vent de travers), du près pour passer le premier front, des transitions à gérer ; ça ne me déplaît pas.

D’une façon générale, es-tu du genre à attaquer sur une ligne de départ ?
Ça dépend, il n’y a pas de règle ;  ça m’est arrivé de prendre des bons départs, comme des mauvais, comme sur la dernière Vendée Arctique-Les Sables d’Olonne. Ce qui est certain, c’est que je ne vais pas trop m’enflammer ; on part pour deux mois et demi de mer, ça ne sert à rien. Il faudra juste éviter de ne pas couper la ligne avant le départ pour ne pas écoper de cinq heures de pénalité. En tous cas, un départ à 33 bateaux, ça va être sympa !

A quelques heures du grand jour, es-tu déjà rentré dans ta bulle de marin ou as-tu encore des préoccupations terriennes ?
Ça fait maintenant un petit moment que je ne pense plus qu’à ça. J’ai physiquement encore les pieds sur terre, mais je suis entièrement focalisé sur le départ dimanche. Et  je t’avoue que j’ai surtout hâte d’être lundi, car les jours de départ, même à huis clos, ne sont pas les plus faciles à gérer émotionnellement.

Quels sont justement les sentiments qui t’animent au moment de t’élancer sur ce Vendée Globe ?
Il y a un peu de tout. Tu pars quand même pour un long moment en mer, ce n’est pas anodin de larguer les amarres en se disant qu’on ne rentrera pas avant mi-janvier. Personnellement, je n’ai jamais passé plus de 25 jours en mer, je crois que ma plus longue course a été la Transat BPE (22 jours et demi en 2007). Donc il y a forcément du stress qui monte gentiment. C’est un mélange d’anxiété et d’excitation.

Source : Communiqué presse Maître Coq et page facebook Yannick Bestaven Officiel

 
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