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Vendée Globe 2020 : Yannick Bestaven : " Je suis content de ce que j'ai fait."

Les Sables d'Olonne - Equateur en 10 jours 19 heures et 1 minutes
C’est un Yannick Bestaven en pleine forme et satisfait d’avoir traversé le Pot-au-noir sans être vraiment freiné, que nous avons pu joindre jeudi matin, pile au moment où il franchissait l’équateur, à 9h21, après 10 jours 19 heures et 1 minute de mer. Neuvième à avoir passé l’équateur, et huitième au dernier classement du Vendée Globe, le skipper de Maître CoQ file désormais à vive allure vers les côtes brésiliennes, avec déjà une pensée pour les mers du Sud.

Yannick, comment vas-tu après quasiment 11 jours de course ?
Tu appelles au bon moment, on va passer l’équateur ensemble, je suis à 00°02 Nord ! Ça va bien à bord de Maître CoQ IV, je suis content de ce que j’ai fait ces dernières heures. Mon passage du Pot-a-noir s’est plutôt bien déroulé, je suis passé le plus à l’est de la flotte, je n’ai pas trop souffert du manque de vent, je me suis battu toute la journée d’hier avec les grains, mais ça payé, puisque j’ai réussi à raccrocher le wagon de Sam Davies (Initiatives Cœur) et Boris Herrmann (Seaexplorer-Yacht Club de Monaco). Donc c’est plutôt une bonne opération.

Quelles conditions rencontres-tu désormais ?
Là, je suis dans 20 nœuds de vent, à 100 degrés du vent (quasiment au travers donc, le vent venant de la gauche), j’avance à 19-20 nœuds, le bateau est penché et fait du saute-mouton, mais ça va vite, donc je ne vais pas me plaindre. Ça va durer quelques jours comme ça, on descend plein sud-ouest vers le Brésil.

Tu disais la semaine dernière que tu ne te focalisais pas trop sur les positions des autres, est-ce davantage le cas aujourd’hui ? Et es-tu à ce stade du Vendée Globe où tu aurais voulu être en t’élançant le 8 novembre ?
Oui, carrément, je suis content. Mon objectif était d’être dans les dix, je le suis, donc c’est une belle satisfaction. Et en termes de position géographique, mon petit décalage avec Sam et Boris, une centaine de milles dans leur est, me plaît aussi. Je commence désormais à regarder les routages à long terme pour l’entrée dans les mers du Sud, ça n’a pas l’air si simple que ça de trouver le trou de souris pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène, donc je commence à y passer du temps pour ne pas me tromper de route.

Comment va le bonhomme ? Les douleurs aux côtes et au genou se sont-elles estompées ?
C’est toujours d’actualité, mais ça va mieux, ça ne me fait plus souffrir en permanence comme la semaine dernière. Quand j’ai changé de voile d’avant, hier, j’ai quand même ressenti une douleur au genou, donc il faut que je fasse attention à mes mouvements, ça serait dommage que je me refasse mal. Et pour ce qui est des côtes, quand il y a des chocs dans le bateau, comme celui que tu viens d’entendre, je serre un peu les dents, car quand le bateau redescend, même si je suis calé dans mon siège, je sens mes côtes. Heureusement, il n’y en a pas trop.

Après une première semaine de course éprouvante pour tout le monde, as-tu l’impression d’être vraiment dans le rythme de ton Vendée Globe ?
Oui, je suis bien dans le rythme. Mais par exemple ce matin, je me suis réveillé, je ne savais pas où j’allais ! Je me suis posé la question du port duquel j’étais parti et vers quelle destination j’allais, ça m’a pris un peu de temps avant de réaliser que je faisais le tour du monde et que dans l’immédiat, je n’avais pas de destination précise, si ce n’est les Sables d’Olonne qui sont derrière moi ! Mais bon, au niveau sommeil, ça va de mieux en mieux, j’arrive à bien dormir, surtout la nuit, je me fais de bonnes tranches de sommeil d’une heure-une heure et demie à suivre, plusieurs par nuit, donc je ne me sens pas trop fatigué. Ce qui est surtout pesant en ce moment, c’est la chaleur et l’humidité ambiante, rien ne sèche, tout est est collant, il faut faire attention aux petites blessures ou irritations sur la peau, car elles ne cicatrisent pas bien. A l’heure où je te parle, le jour est en train de se lever, il fait 32 degrés dans le bateau. A cette vitesse, tous les embruns qu’on génère, c’est de l’humidité en permanence.

As-tu le temps de faire autre chose que de veiller à la bonne marche de ton bateau, manger et dormir ?
Non, je n’ai rien fait d’autre que du bateau. Je n’ai pas ouvert un livre sur ma tablette, j’ai juste essayé d’écrire quelques lignes pour essayer de résumer ce qui s’était passé et me faire des souvenirs de ce Vendée Globe, mais ça ne va pas plus loin, le bateau me prend tout mon temps.


L’émotion du départ digérée, Yannick Bestaven a dû rapidement se plonger dans le vif du sujet de son deuxième Vendée Globe, avec une situation météo compliquée en Atlantique Nord à gérer. Sorti sans encombre mercredi du premier gros front traversé par la flotte, Maître CoQ IV s’apprête à croiser la route de la dépression tropicale Thêta avant de toucher enfin les alizés, sans doute dimanche. Des conditions plus stables attendues avec impatience par le skipper rochelais, victime mercredi d’une chute douloureuse.

Les premiers jours du Vendée Globe sont toujours difficiles à vivre pour les marins, entre l’émotion du départ et de la séparation d’avec les proches, le temps nécessaire à s’amariner, surtout après deux semaines de confinement, et une météo jamais très amicale à cette époque de l’année. Pour cette neuvième édition, Yannick Bestaven et ses 32 concurrents auront été bien servis, car si le départ dimanche à 14h20, sous la protection de la Patrouille de France, aura offert un formidable spectacle, une fois la brume dissipée, ils ont dû vite rentrer dans le vif du sujet avec d’entrée des options stratégiques à prendre.

En particulier le choix entre une route à l’ouest pour aller chercher une bascule de vent au nord derrière le premier gros front du Vendée Globe, et une trajectoire plus sud, à l’intérieur du DST du Cap Finisterre (dispositif de séparation du trafic, interdit à la navigation), plus sage. C’est finalement pour cette dernière qu’a opté Yannick, comme  l’explique Jean-Marie Dauris,  directeur technique et sportif du Team Maître CoQ. « La route est longue, Yannick a clairement préféré jouer la sécurité et éviter d’aller au carton dans des conditions difficiles de mer. Au final, ça s’est avéré être une bonne route, parce qu’il y a peu d’écarts entre les bateauxqui se sont tous regroupés dans la même zone au final. »

Effectivement, après quatre jours de course, les quinze premiers bateaux se tiennent en une grosse cinquantaine de milles, au moment où ils contournent une dépression située à l’est des Açores, à la latitude de Lisbonne. Classé 11e jeudi matin, Maître CoQ IV est dans le bon paquet, sorti indemne du front assez violent (plus de 30 nœuds, rafales à 40) que la flotte a traversé entre mardi et mercredi. Ce qui est un peu moins le cas du skipper, qui a chuté assez violemment. « Je suis mal retombé, du coup, je me suis fait mal aux côtes et au genou gauche, ça me fait un peu souffrir sur chaque manœuvre », a expliqué Yannick jeudi matin.

Si le Rochelais est un dur au mal, il attend avec impatience des conditions un peu plus stables pour souffler un peu après des premiers jours toniques et actifs : « Ce n’est pas de tout repos, il y a beaucoup à faire depuis le départ. Là, après le passage de la dépression que je suis en train de contourner par le nord, il va falloir gérer la tempête tropicale Thêta, c’est clair que cette première semaine de course n’est pas très simple. Je suis pressé de sortir de cette situation et de trouver des conditions plus stables pour aller au Pot-au-noir, parce que ce n’est pas évident de se reposer, mais une fois qu’on aura passé Thêta, ça ira mieux, donc je m’accroche ! » 

Yannick Bestaven va devoir faire le dos rond encore quelques jours, les alizés tant espérés, positionnés très sud cette année, étant attendus dimanche, d’après Jean-Marie Dauris : « Yannick aura fini de contourner la petite dépression dans quelques heures, ensuite, il va descendre plein sud au portant dans un vent d’une vingtaine de nœuds qui va un peu mollir, ce qui va l’amener au niveau de la dépression Thêta à contourner par l’ouest. Ce n’est qu’après, à partir de dimanche, qu’il touchera un début d’alizé de 10-15 nœuds. » Il sera alors temps d’enlever quelques couches de vêtements, de mettre le pied sur la pédale d’accélérateur, de regarder passer les poissons volants et de se pencher sur le prochain obstacle météo, le Pot-au-noir qui, pour l’instant, ne semble pas très actif.


 

 

J-1 avant le départ de la neuvième édition du Vendée Globe, dimanche à 13h02. Confiné aux Sables d’Olonne depuis lundi (il l’était auparavant à La Rochelle), Yannick Bestaven est entré dans le vif du sujet de la stratégie météo, qu’il prépare quotidiennement avec un spécialiste reconnu, Christian Dumard.
Le skipper de Maître CoQ IV, qui confie alterner entre « anxiété et excitation » à quelques heures de s’élancer sur sa deuxième course autour du monde en solitaire (ndlr : précédente participation en 2008), évoque les conditions du départ.

Avec qui travailles-tu la météo avant le départ du Vendée Globe ?
Avec Christian Dumard, que j’ai rencontré il y a deux ans grâce à Bilou (Roland Jourdain, avec lequel il a couru la Transat Jacques Vabre l’an dernier). Nous avons collaboré une première fois sur la Bermudes 1000 Race (mai 2019), ça s’était super bien passé. J’apprécie son expérience, sa simplicité. En amont du Vendée Globe, nous avons beaucoup travaillé sur l’ensemble du parcours via un roadbook précis qui permet de décrypter chaque phase du tour du monde et depuis mardi, on parle de la stratégie des premiers jours, de la meilleure manière de « dégolfer »(sortir du Golfe de Gascogne), des moments auxquels il faudra que je fasse des changements de voiles. Ces différents routages vont aussi me permettre de confirmer le choix des voiles que j’embarque (huit au total), nous avons dû tous les déclarer aujourd’hui. J’ai aussi travaillé avec des jeunes ingénieurs de la société D-ICE Engeneering, ils ont mis en place un petit logiciel qui permet de faire des études de routes statistiques, ça apporte une autre façon d’appréhender le routage météo, un peu comme les « pilot charts » de l’époque (cartes marines proposant des routes en fonction des conditions météo moyennes).

A quoi vont ressembler les premières heures et premiers jours de course ?
On va partir plein gaz avec du vent de sud plutôt maniable, en bâbord amure à 90 degrés du vent, ce qui est plutôt cool. Le premier objectif sera de faire une route directe vers l’ouest pour aller chercher des fronts de dépressions situées au large. Pour la suite, c’est plus difficile de savoir ce qu’il va se passer, parce que tous les fichiers ne sont pas d’accord : est-ce qu’on continuera vers le large ou est-ce qu’on obliquera vers le sud pour longer l’Espagne et le Portugal ? Aujourd’hui, je ne peux pas le dire. Globalement, on va donc avoir un peu de tout, de la vitesse au début au reaching (vent de travers), du près pour passer le premier front, des transitions à gérer ; ça ne me déplaît pas.

D’une façon générale, es-tu du genre à attaquer sur une ligne de départ ?
Ça dépend, il n’y a pas de règle ;  ça m’est arrivé de prendre des bons départs, comme des mauvais, comme sur la dernière Vendée Arctique-Les Sables d’Olonne. Ce qui est certain, c’est que je ne vais pas trop m’enflammer ; on part pour deux mois et demi de mer, ça ne sert à rien. Il faudra juste éviter de ne pas couper la ligne avant le départ pour ne pas écoper de cinq heures de pénalité. En tous cas, un départ à 33 bateaux, ça va être sympa !

A quelques heures du grand jour, es-tu déjà rentré dans ta bulle de marin ou as-tu encore des préoccupations terriennes ?
Ça fait maintenant un petit moment que je ne pense plus qu’à ça. J’ai physiquement encore les pieds sur terre, mais je suis entièrement focalisé sur le départ dimanche. Et  je t’avoue que j’ai surtout hâte d’être lundi, car les jours de départ, même à huis clos, ne sont pas les plus faciles à gérer émotionnellement.

Quels sont justement les sentiments qui t’animent au moment de t’élancer sur ce Vendée Globe ?
Il y a un peu de tout. Tu pars quand même pour un long moment en mer, ce n’est pas anodin de larguer les amarres en se disant qu’on ne rentrera pas avant mi-janvier. Personnellement, je n’ai jamais passé plus de 25 jours en mer, je crois que ma plus longue course a été la Transat BPE (22 jours et demi en 2007). Donc il y a forcément du stress qui monte gentiment. C’est un mélange d’anxiété et d’excitation.

 

 
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